Un principe historique au cœur du débat
Le modèle français du secours en montagne pourrait connaître une évolution majeure dans les prochaines années. Dans un rapport publié en février 2026, la Cour des comptes s’interroge sur la pertinence de maintenir la gratuité des interventions, face à l’augmentation constante des coûts et du nombre d’opérations.
En France, les secours en montagne sont traditionnellement gratuits lorsqu’un accident survient dans un espace naturel non aménagé. Ce principe, profondément ancré dans la culture de solidarité liée à la montagne, existe depuis plusieurs siècles et a été confirmé par la législation moderne, notamment la loi Montagne.
Concrètement, un randonneur, un alpiniste ou un skieur de randonnée secouru dans un secteur isolé n’a généralement pas à payer l’intervention des secours. En revanche, les accidents survenus sur un domaine skiable peuvent déjà être facturés à la victime ou à son assurance.

Des coûts en forte hausse pour les secours en montagne
Si ce modèle perdure depuis longtemps, il est aujourd’hui confronté à une réalité budgétaire plus complexe.
Selon la Cour des comptes, près de 9 900 opérations de secours en montagne ont été réalisées en 2024, pour un coût total estimé à environ 110 millions d’euros. Chaque intervention représenterait en moyenne 10 780 euros, un montant en nette augmentation.
Depuis 2012, le coût global du dispositif aurait progressé de plus de 50 %, une hausse bien supérieure à l’inflation sur la même période.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution :
- l’augmentation du nombre d’interventions
- la multiplication des pratiques sportives en montagne
- la hausse du coût des moyens aériens
- un environnement naturel plus instable lié au changement climatique
Le recours aux hélicoptères représente d’ailleurs une part importante de ces dépenses, les opérations nécessitant souvent des moyens techniques et humains spécialisés.

Une pratique sportive de plus en plus développée
La montagne attire aujourd’hui un public toujours plus large. Randonnée, alpinisme, ski de randonnée ou encore trail running connaissent un véritable essor depuis plusieurs années.
Cette popularité croissante s’accompagne toutefois d’une hausse des interventions des équipes de secours. Selon les estimations, leur nombre aurait augmenté de 44 % depuis 2015.
Pour la Cour des comptes, certaines pratiques plus engagées, parfois associées à une préparation insuffisante ou à des comportements imprudents, contribuent également à cette augmentation.
Dans ce contexte, l’institution estime qu’une réflexion doit être engagée afin d’adapter le modèle actuel.
Vers une facturation partielle des secours ?
Parmi les pistes évoquées dans le rapport figure la possibilité de facturer certaines interventions, notamment dans des situations jugées abusives ou liées à une prise de risque excessive.
L’idée ne serait pas nécessairement de supprimer totalement la gratuité, mais plutôt d’introduire des exceptions ou des mécanismes de responsabilisation.
Plusieurs scénarios sont évoqués :
- une facturation partielle dans certains cas
- l’obligation d’une assurance spécifique pour les pratiquants
- un durcissement des sanctions en cas de comportements dangereux
La Cour des comptes suggère également de revoir l’organisation actuelle des secours, aujourd’hui partagée entre plusieurs acteurs : gendarmes du PGHM, CRS Montagne, sapeurs-pompiers, SAMU et moyens aériens de la sécurité civile.
Selon le rapport, cette multiplicité d’intervenants pourrait parfois entraîner des redondances et des coûts supplémentaires.
Une réforme qui inquiète le monde du sport outdoor
La remise en question de la gratuité des secours ne fait toutefois pas l’unanimité. Dans le milieu de la montagne et du sport outdoor, certains professionnels craignent des effets contre-productifs.
L’un des risques évoqués serait que des pratiquants hésitent à appeler les secours par peur de recevoir une facture importante. Une situation qui pourrait retarder les interventions et transformer un incident maîtrisable en accident grave.
Le débat concerne également les disciplines en plein essor comme le trail running. Une éventuelle facturation pourrait avoir un impact sur l’organisation de certaines courses, en particulier les événements de petite taille qui ne disposent pas des mêmes moyens que les grandes épreuves internationales.

Trouver l’équilibre entre solidarité et responsabilité
Pour l’instant, aucune réforme n’a été décidée. La Cour des comptes appelle simplement à ouvrir une réflexion sur l’avenir du modèle français du secours en montagne.
L’enjeu sera de trouver un équilibre entre plusieurs impératifs :
- préserver la solidarité qui caractérise la culture montagnarde
- garantir la sécurité des pratiquants
- maîtriser les dépenses publiques
- responsabiliser certains comportements à risque
Si une évolution devait voir le jour, elle ne devrait pas intervenir avant 2027 ou 2028. D’ici là, prévention, formation et sensibilisation restent les meilleurs moyens de limiter les accidents en montagne.
Conclusion
Le débat sur la gratuité des secours en montagne s’annonce comme l’un des grands sujets de société liés au sport outdoor dans les prochaines années. Entre liberté de pratiquer, responsabilité individuelle et contraintes budgétaires, la question dépasse largement le simple cadre de la montagne.
Une chose est sûre : avec l’essor du trail, de l’alpinisme et des activités de pleine nature, la sécurité en milieu naturel restera plus que jamais un enjeu central.